Terre de passage
Qui suis-je pour parler de migration, de déplacés, moi qui vis dans le calme d’un hameau de montagne ?
Mais je suis touchée
Profondément
Soudain, quand l’émotion sort de profondeurs insoupçonnées, qu’elle vous déchire comme une vague, vous savez que vous êtes concerné au-delà de toute logique, vous savez qu’il y a là quelque chose qui remue de vrai. Et d’où viendrait que vous sachiez si bien certaines de ces choses que vous n’avez manifestement pas vécues ? De ces mémoires marquées en vous qui font que vous savez le monde.
Le dessin a cela de magique que, comme un sésame il vous ouvre les portes de l’altérité, vous devenez le paysage, l’arbre, l’animal ou l’humain, il vous fait sortir de l’enveloppe qui vous définit et vous permet l’osmose avec l’entour. Comme une sorte de méditation, mon pinceau m’accueille sur le seuil puis quand la rencontre se produit me fait entrer au cœur de mon sujet. J’imagine puis je suis Samia, Feban… jamais de vrai, pourtant se crée un pont qui quelque part autorise le lien malgré le gouffre béant entre une réalité vécue dans sa chair et celle de son âme.
Et ce sujet des migrants, des déplacés, des déportés, des gens jetés sur les routes, des pieds enflés, brûlants, des estomacs vides, de l’espoir auquel on s’accroche pour ne pas sombrer dans le néant du désespoir, de la chute sans fin dans l’incompréhension la plus grande, de ce cri muet, indicible quand tout sens disparaît …des fois la douleur, la colère, la haine qui nous tord et nous perd de tant de violence autour et dedans…tout cela je peux par mes dessins le vivre, le revivre, tout cela devient/est vrai. Et voilà que d’anonymes, ces points perdus sur l’immensité de l’océan prennent vie et corps.
Au-delà du temps et de l’espace, cette mémoire imprimée en nous que nous pouvons atteindre nous donne alors la possibilité d’aller à la rencontre de l’Autre.
C’est l’ouverture du cœur, modeste tentative mise au monde par l’art.